Chapitre premier.
« Un mercredi comme les autres, rien à signaler de ce côté ci de la ville. » Je gardais l'équilibre du haut du seul et unique cloché de l'église Saint Pierre, l'autre n'ayant jamais été totalement financé, réduisant sa construction à une simple tour tronquée. Le clair-obscur de la ville me faisait presque peur en cette fin de journée. Les derniers rayons de lumière que ce bon vieux soleil nous livrait ne traversaient pas l'épaisse couche de nuages, qui semblait presque inaccessible, même pour moi. Le reste de cette armée de moutons grisonnants filait sans demander son reste, montrant que le vent était plein Ouest. J'y faisait face justement, et tel une bête sauvage qui hume l'air à la recherche d'une quelconque trace, je regardais l'horizon mouvant et bruyant de la ville de Dreux. Il est plutôt rare qu'un incident se produise à cette heure, mais mieux vaut être prudent. Ma chevelure ne me gênait pas pour une fois, le vent l'ayant repoussée sur l'arrière de mon crâne. Je ne pouvais me résoudre à m'en aller de mon perchoir, pour une raison que je ne trouvais pas. Peut-être tout simplement la fatigue qui avait prit le dessus sur mon devoir, qui sait ?
« Il ne se passe jamais rien le mercredi, on dirait presque que c'est leur jour de congé. Bon, allez, je me bouge, j'aime stagner trop longtemps. » Une dernière petite vérification avant de descendre, et me fondre dans la masse comme si de rien n'était. Elles étaient bien là, je pouvais m'en aller. La descente fut un peu ennuyeuse, c'est le cas de le dire. L'église Saint Pierre est de taille modeste, elle ne vaut pas grand-chose quand on la compare à Notre Dame de Chartres, non loin de là, dont le plus haut cloché culmine à cent cinq mètres si mes souvenirs sont bons. Oui, il s'agit d'une cathédrale, mais les descentes de clochés y sont toujours plus drôles.
Quelques petits pas, et j'arrivais dans la rue. Personne ne m'avait vraiment remarqué, et c'est bien normal. Tout le monde cours dans ce monde, ils ne prennent même pas le temps de regarder un peu en l'air, et c'est ce qui les perdra. J'arrivais devant La Cerise sur le Gâteau, une petite boulangerie qui faisait face au portail Nord de l'église. A chaque fois que je passe devant, je ne peux m'empêcher de regarder la vitrine. Personne ne s'y trouvait, sauf la vendeuse bien entendu. « Je vais le regretter, je le sens » dis-je avant de pousser les deux portes d'entrer. Un sourire illumina alors le visage de cette dame qui voyait enfin un client. Derrière le comptoir, dans la pièce d'à côté, le boulanger rangeait e ne sais quelle machine. Je pris soin de cacher mes précieuses sous mon manteau avant d'entrer. La vendeuse ne comprend jamais pourquoi j'ouvre les deux porte de la boulangerie, alors qu'une seule est amplement suffisante, c'est d'ailleurs la réflexion qu'elle me fit une fois de plus, l'air un peu amusé. Peut-être qu'un jour, je lui expliquerai pourquoi j'entre ainsi, mais en attendant, je me contente de lui dire que les portes sont faites pour être ouvertes, et comme il y en a deux côte à côte, il est bête d'en ouvrir une sans sa s½ur, qui au final, deviendrai jalouse.
Je me penchais alors sur l'étalage assez vide à la recherche d'une petite gourmandise répondant à l'attente de mon estomac. J'ai rarement faim en fait, je mange surtout par gourmandise. « Il reste un croissant au chocolat ! Il est a moi ! » La vendeuse le prit alors dans sa main et le mit dans un petit sac avant de me le tendre. J'avais suivi cette viennoiserie du regard jusqu'à la caisse. Elle m'avait comme envoûté, mais le chocolat qui enrobait ce croissant y était en grande parti responsable je pense. Je tendais alors un billet de cinq euros, et je pris la monnaie. Un au revoir et je filais.
La journée ayant été plus que calme, je décidais de déambuler comme ces pauvres fous dans les rues, errant sans but précis, à la recherche d'un je ne sais quoi qui aurait peut-être égaillé un peu ma journée. Malheureusement, mes sens ne disaient rien, seule des traces infimes étaient décelables, rien de bien méchant. Même les quartiers dits « chauds » semblaient d'une tranquillité morbide. Cela en devenait presque étrange tellement cela ne l'était pas. [...]
En fin de compte, la seule chose qu'il aura retrouvé, c'est son inspiration.... pauvre de moi. Je n'ai plus personne à protéger. Il ne me reste plus qu'à trouver une solution pour le ramener le plus vite possible....